Tous en place pour la Danse du Singe

Ceux qui ont un jour vu l’anime dont il sera question dans ce billet comprennent le sens de cet intitulé ; pour les autres, sachez que la Monkey Dance est un mouvement exécuté par des personnages (et des méchas) de Overman King Gainer pendant son générique de début. A vrai dire, le chanteur de ce générique, Yoshiki Fukuyawa, membre de JAM Project, réalise lui-aussi la Monkey Dance sur scène lorsqu’il l’interprète.
Tout ça pour dire que je vais vous parler de Overman King Gainer, en somme.

Victime de la pollution et d’une science sans retenue, l’humanité a failli s’éteindre. Conscients de leurs erreurs passés, les survivants ont décidé de s’enfermer dans des cités – les Domepolis – le temps de permettre à la Terre de panser ses blessures ; seuls quelques personnes ont le droit de voyager hors des villes, notamment pour les ravitailler ou stopper tous ceux qui voudraient réaliser un “Exodus”, c’est-à-dire quitter les Domepolis pour s’installer à des endroits non autorisés.
Le temps a passé, et ce qui apparaissait au départ comme un projet ambitieux est devenu la manne de quelques conglomérats, véritables armées privées qui détiennent le monopole du commerce et veillent à ce que la population ne fasse pas de vagues.
Des habitants de Wulgusk en Sibérie décident d’organiser un Exodus massif vers Yapan, une île de l’est, en déplaçant des blocs entier de leur ville sur des milliers de kilomètres. Pour assurer le succès de leur opération, ils font appel à Gain Bijou, le spécialiste des Exodus. Mais il leur faut aussi une véritable force de frappe pour se défendre contre les autorités pendant leur voyage ; ils volent donc un Overman, un puissant robot issu d’une technologie du passé, et pour le piloter piègent Gainer Sanga, un champion des simulations de combat.

Comme vous pouvez le voir, le scénario semble avoir été écrit non pas par un Japonais chauve (Yoshiyuki Tomino) mais par un Français moustachu (José Bove).
Car l’histoire de Overman King Gainer, dans le fond, la voici : le Système a concentré les populations dans des villes pour qu’elles soient plus faciles à contrôler, il les manipule via les médias et l’éducation, et attend d’elles non pas qu’elles réfléchissent mais qu’elles consomment. Or, une bande de hippies révolutionnaires a décidé de s’éloigner de la civilisation et d’aller cultiver des semences non brevetées. Problème : non seulement ils ne consommeront plus et ne rapporteront donc rien au Système, mais en plus, ils risquent de donner le mauvais exemple aux autres moutons. Le Système avait prévu le coup – ce n’est pas la première fois que cela arrive – et profite des lois interdisant de quitter les villes pour arrêter les contrevenants en toute légalité.
Oui, nous avons affaire à un anime alter-mondialiste.

Vu les thèmes abordés, nous pourrions penser qu’il s’agit d’une série bien intellectuelle, bien sérieuse (et donc bien soporifique), une sorte de Arjuna avec des méchas. Ben non. Ouf !
Sérieuse ? Overman King Gainer ? Laissez-moi rire !
Ceux qui pensent que les personnages pas crédibles pour deux sous de Code Geass et les robots-visages de Gurren-Lagann sont novateurs risquent de tomber de haut en regardant cet anime qui, des années avant eux, ne se prenait déjà absolument pas au sérieux.

La plupart des protagonistes ont un grain, ou tout simplement des particularités les rendant uniques. Si les “gentils” ont des tempéraments relativement calmes, les “méchants” se montrent tous plus cinglés et inefficaces les uns que les autres ; pour autant, ils ne se découragent jamais, mais chaque tentative pour atteindre leurs buts s’avère encore plus foireuse que la précédente…
Pour moi, les personnages font parti des atouts de Overman King Gainer à part entière.

Autre atout non négligeable : les méchas, et plus exactement les Overmen.
Tomino semble les avoir voulu originaux, y incorporant une forte composante organique, un design surprenant – la coupe rasta sur un mécha, il fallait oser -, et des capacités spéciales parfois complètement surréalistes. Les principaux Overmen sont particulièrement typés et puissants.
L’Overman “Dominator” est parfaitement représentatif de ce style. Il semble fabriquer à partir d’une matière extensible, comprimable, et déformable à l’infini ; son affrontement contre St Reagan donne lieu à quelques scènes impressionnantes, où il n’arrête de prendre des formes toujours plus farfelues mais assurément efficaces, à un rythme infernal.
Résultat de cette originalité au niveau des robots et de leurs fonctionnalités, les combats deviennent aussi furieusement originaux, et une réalisation réussie les rend prenants.

Seulement, même si ce sont deux gros points forts, je crains que les personnages et les méchas de Overman King Gainer ne soient les seuls, avec l’ambiance qu’ils arrivent à générer.
Le problème, ici, c’est le scénario. Ou plus exactement, Tomino a eu de nombreuses excellentes idées de base, mais comme souvent, il a un peu de mal à les mettre en application, ou à combler les failles de son histoire.
En pratique, il a laissé d’innombrables questions posées sans réponse, et évite bien de revenir dessus pour ne surtout pas que le spectateur remarque ses erreurs.
Sauf que cela se voit quand même, par exemple lors d’un premier épisode complètement brouillon, voire impossible à suivre ; l’auteur met en place une situation en vitesse pour nous mettre devant le fait accompli, mais il y aurait beaucoup à redire sur l’enchaînement des événements. En fait, nous ne savons pas vraiment (même si nous pouvons nous en douter) pourquoi le héros se retrouve en prison au début, et pourquoi il a été choisi pour piloter un Overman.
Ces failles se voient aussi sur la fin. Oui, Tomino n’est pas connu pour sa capacité à trouver des fins satisfaisantes à ses histoires – du moins sans tuer tous ses personnages, comme dans son film Be Invoked – et une fois de plus, il nous le prouve. Là, il nous pond un Overman autonome “qu’on sait pas pourquoi qu’il est pas gentil” et bien décidé à geler le monde… Le style devient à ce point différent du reste de la série sur les 5 derniers épisodes, que je suis venu à me demander si je regardais bien Overman King Gainer.
Mais ce qui montre le mieux la volonté de l’auteur de faire ce qu’il veut avec son scénario sans jamais rendre de comptes ou se donner la peine de trouver des explications, c’est le King Gainer – l’Overman du héros – lui-même : à chaque combat ou presque, il nous sort une nouvelle technique parfaitement adaptée à la situation, que nous n’avons jamais vu mais que le héros semble utiliser comme s’il en avait l’habitude ; et les autres personnages de dire “regardez, il utilise la technique *truc*”, alors qu’eux non plus ne sont pas censés la connaître. A la fin, le King Gainer arrive même à utiliser une seconde épée, identique à la première et sortie de nulle part.
Les fans de Code Geass vous diront que ces boulettes sont en réalité voulues et bien pensées, que c’est complètement WTF, et que c’est ça qui est génial.

Le problème de Overman King Gainer, c’est donc son scénario. Et vous savez quoi ? Je m’en fous royalement. Même si je ne peux m’empêcher de remarquer les coquilles scénaristiques à cause de ma névrose obsessionnelle, cela ne m’a absolu pas dérangé. La faute à une ambiance unique et drôle, des combats de méchas sur-vitaminés, et des personnalités attachantes. J’ai trouvé cet anime tellement plaisant à regarder que, sans pardonner les errances de Tomino, je l’accepte tel qu’il est.
Et je vais même aller plus loin : je vais vous conseiller de le regarder.

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2 réponses à Tous en place pour la Danse du Singe

  1. Yggdrasill dit :

    J’avais vu quelque épisodes à la télé, ça paraissait sympa, mais j’ai jamais pu voir en entier, par contre y’a un truc qui m’est resté : le putain d’opening. KIIING KIIIIING KIIIIIIIING GAINER, OVERMAN METAAL KING GAINEEER

  2. Guilhem dit :

    Si je suis assez d’accord avec toi (Gemini) sur les défauts d’ensemble de cette prod’, je crois qu’il faut la considérer comme une parodie du genre mecha, ou en tous cas quelque chose d’approchant ; en effet, on y retrouve les principaux truismes du genre et notamment, ce qui est assez surprenant de la part de Tomino, des idées développées dans les séries de « super robots » : la conclusion, où certains des personnages principaux se retrouvent en quelque sorte « lobotomisés » par l’Overman découvert dans les glaces (c’est bien ça ? j’ai vu cet anime il y a un moment maintenant…), ce passage est tout à fait caractéristique des prod du genre des 70s où on voyait souvent un des héros se retourner subitement contre le reste de son équipe, avec un dénouement plus ou moins convenu…

    Ceci étant dit, de telles « anomalies » étaient somme toute assez attendues : à l’époque ou Overman King Gainer fut réalisé, l’hybridation des deux sous-genres du genre mecha – super robots et mecha réalistes cohabitant dans une même réalisation – n’était pas exactement nouvelle, on l’avait déjà vue dans Cybuster par exemple et elle fermentait depuis un moment à travers les nombreux cross overs que proposaient certains titres de la série de jeux vidéo Super Robot Wars – série dont l’opus SRW Original Generation eut son adaptation en animes, animes dans lesquels l’hybridation super robots/real mechas ne pouvait bien évidemment pas être contournée. Bref, Overman King Gainer, c’est un peu le meilleur des deux mondes : rien que pour ça, c’est quasiment un incontournable

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