
Du classique, du moins classique, de l’ancien, et du moins ancien. Et les plus classiques sont aussi les plus anciens. Voilà un échantillon de mes derniers films.
Casablanca (1942)
Pendant la Seconde Guerre Mondiale, de nombreux Européens tentent de fuir pour l’Amérique. Contournant l’Espagne franquiste, ils gagnent Casablanca où beaucoup attendent de pouvoir obtenir un visa. C’est là que Rick Blaine tient son bar : le « Café Américain ».
Un seul mot : waouh. Je ne sais absolument pas quoi dire d’autre sur ce film – excusez-moi : ce « monument » – tant tout y est absolument parfait. Le scénario possède une relative simplicité qui permet de bien mettre en valeur des dialogues de grande qualité, une réalisation toute en jeux d’ombre et de lumière, et surtout des acteurs au sommet de leur art. Il y a là Peter Lorre, le comédien exilé d’Allemagne qui campe – comme à son habitude, et toujours avec brio – un personnage sombre, ambigu, et inquiétant. Claude Rains, dans son rôle de préfet de police français roublard. Ingrid Bergman, tout simplement sublime et émouvante. Et puis, il y a Humphrey Bogart. Ah… Bogart. Quel acteur ! Quel style ! Quel charisme ! Le personnage étonne, fascine, impose le respect par son allure inimitable, mais aussi – dans Casablanca – par une sensibilité à fleur de peau.
Et que dire sur l’ambiance incroyable de ce film ? Presque tout se déroule dans le bar de Rick, dans un climat de tension entre les émigrants en devenir, les agents de la France Libre, les nazis, les Résistants, les profiteurs, et Rick. Je retiendrai au passage une des plus émouvantes Marseillaise jamais interprétées ; même moi qui suis tout sauf patriote, j’en aurais versé une petite larme.
Casablanca atteint un degré de perfection inouï à tous les niveaux : jeu des acteurs, mise en scène, dialogues, réalisation,… Un film extraordinaire, rien que ça.
Les Dents de la Nuit (2008)
Trois fêtards invétérés réussissent à mettre la main sur des invitations pour la Soirée Médicis, une soirée légendaire. Mais derrière ses fastes se cache un lourd secret, qu’ils ne vont pas tarder à découvrir.
Je suis partagé. Une comédie française bien faite – c’est-à-dire qui ne parle pas d’un quarantenaire sur le retour qui a des problèmes relationnels – peut donner lieu à un spectacle de qualité, alors j’en regarde une de temps en temps. Sauf que là, j’ignore si je peux parler de qualité, je suis terriblement partagé. Déjà, il y a Vincent Dessagnat dans le casting, ce qui n’est jamais bon signe.
J’ai trouvé le principe de ce film original, ce qui est toujours une bonne chose. Le maquillage des personnages est convaincant (il y a un budget derrière), dans la forme c’est plus qu’acceptable. Mais Les Dents de la Nuit s’essaye à plusieurs types d’humour, et là, il y a du très bon comme du très mauvais. Il y a de l’idée, c’est indiscutable ; la scène dans la chambre avec le loup dégage une petite fantaisie bienvenue, séduisante même. Malheureusement, tout n’est pas aussi réussi : les scénaristes font parfois appel à un humour graveleux qui n’apporte même pas un sourire, et les dialogues sont d’une platitude navrante, en particulier les discours tirés par les cheveux de Tcheky Karyo. Finalement, tout le long-métrage est comme ça : nous alternons les trouvailles, les moments vraiment drôles, et les passages lourds, indigestes, qui peinent à arracher le moindre petit rictus.
Malgré ses défauts, j’ai quand même passé un moment agréable ; il faut dire que je n’attendais rien d’exceptionnel – je le répète : c’est un film avec Vincent Dessagnat – donc la surprise n’en a été que meilleure car Les Dents de la Nuit a quand même quelques atouts véritables.
Inglourious Basterds (2009)
Les Basterds ont un seul but : largués en territoire ennemi, ils doivent y semer la peur et le chaos. Pour cela, ils décident d’utiliser les techniques de guérilla apaches.
Le meilleur film de l’année !
Je trouve que Tarentino caricature son propre style de film en film, mais après un Boulevard de la Mort que j’aurais trouvé médiocre, je retrouve le grand réalisateur et tout son talent. Inglarious Basterds est bourré de qualité : bien filmé, superbement écrit – de nombreuses scènes et répliques deviendront cultes – totalement déjanté et décalé, décomplexé dans sa violence, et remarquablement fourni en psychopathes de tout bord.
La première scène nous rappelle l’amour fou qu’éprouve Tarentino pour le cinéma italien, en particulier pour Sergio Leone, avec un fermier français dans le rôle du colon cultivateur, et les Allemands en brigands de grand chemin. Superbe.
La suite part dans une foule de délires, de passages jouissifs, de discours alambiqués typiques du réalisateur, formant un titre monstrueusement plaisant à voir. Il y a de l’humour, et un effet de surprise permanent qui rajoute encore à l’intérêt.
Sans compter que les acteurs sont excellents. J’ai redécouvert le Brad Pitt des grands jours, celui de Fight Club et de l’Armée des 12 Singes où il tenait des rôles délirants ; il faut vraiment voir ce film en VO rien que pour apprécier sa prestation, et l’accent de cowboy dont il se dote pour donner un aspect presque « bouseux » au personnage. Malgré mon appréhension, Eli Roth est tout aussi bon et même inquiétant. Mais la palme revient à Christoph Waltz, exceptionnel dans son rôle de nazi psychopathe et presque charmeur, une personnalité folle à lier comme seul Tarentino sait les créer.
Inglarious Basterds devient pour moi un des meilleurs films du réalisateur, un régal.
Mutant Chronicles (2008)
A l’aube de l’humanité, l’Elu a scellé la Machine et ses créatures dans les entrailles de la terre. Mais la guerre incessante entre les quatre grands blocs provoque la fragilisation puis la destruction du sceau, et le retour d’un mal redoutable.
Ce film a un destin tragique : malgré la présence d’acteurs à la fois célèbres et talentueux – John Malkovich, Devon Aoki, et Ron Perlman – et d’une véritable qualité d’ensemble, ses producteurs l’ont jugé trop mauvais pour une sortie en salle (à part dans quelques pays) et lui ont préféré une édition directement en DVD. Alors que la seule chose qui puisse être reproché à Mutant Chronicles, c’est que son équipe a eu les yeux plus gros que le ventre. En d’autres termes, ils n’avaient clairement pas un budget à la hauteur de leurs ambitions, ce qui se ressent essentiellement au travers d’effets spéciaux immondes qui arrivent parfois à gâcher le plaisir de visionnage.
Parce que ce film possède de véritables atouts ; sa première scène nous offre une sorte de remake des affrontements à Verdun pendant la Première Guerre Mondiale, mais en version steam-punk, ce qui crée une excellente entame, même si déjà perturbée par des effets spéciaux qui peinent à offrir ce que le réalisateur voudrait. La suite est plus classique, voire très axée « série B » : des monstres sont libérés, et un prêtre réunit une équipe de soldats surentraînés pour aller détruire la fameuse Machine. C’est typiquement le genre de scénario qui peut donner lieu à des catastrophes – n’est pas Aliens qui veut – mais qui est ici plutôt bien traité, et surtout réserve son lot d’action. Or c’est avant tout pour l’action que ce film mérite le coup d’œil.
Mutants Chronicles part donc avec un handicap majeur : un budget rikiki incapable de rivaliser avec les plus grosses productions du genre. Et ce qui pourrait être considéré comme un autre handicap, c’est que son réalisateur a tout de même voulu créer un film impressionnant, à grand spectacle. Malgré sa bonne volonté et des acteurs de talent, nous avons là un long-métrage qui arrive seulement à être distrayant, ce qui est déjà très bien.
Tarantino forever. Le seul truc c’est qu’on a un peu l’impression que tous les officiers de la gestapo sont des light/lelouch en puissance qui lisent les pensées et prévoient tout trois coups à l’avance. Du coup ça tranche avec ces bourrins d’américains qui réfléchissent avec leurs couteaux et leurs battes de baseball.
Sinon, ça me donne bien envie de voir Mutant Chronicles.
>Mais la palme revient à Christoph Waltz, exceptionnel dans son rôle de nazi psychopathe et presque charmeur
Ah mais pas ‘presque’, totalement ! C’est pas pour rien que son nom circulait sérieusement pour l’oscar…
En parlant de Casablanca, je trouve honteux qu’un fil mde cette trempe ne passe qu’une fois tous les dix ans sur la télé publique. J’ai mis des années avant de le voir ! Inexcusable.
Etant dépourvu du net dans mon nouvel appart, je passe mon temps à mater mes dvd de films en retard. J’ai pu revoir entre autres ‘Arsenic et vieilles dentelles’ avec Cary Grant, et que je tiens juste pour être l’une des comédies les plus hystériques de tous les temps. J’adore. Vive le ciné américain de la grande époque
J’ai jamais vu Casablanca, mais la scène de la marseillaise est reprise dans un des épisodes de V (où les visiteurs chantent leur hymne dans un bar, et tous les américains se mettent à chanter une chanson patriotique). Enfin dans les 2 cas, je trouve ça naze…^^
Naze ??
C’était en 1942, à une époque où la plupart des artistes français chantaient pour l’occupant.
Et quand on sait ça, tout de suite, ça a de la gueule.
La résistance, ça n’est pas seulement prendre les armes, c’est aussi ne pas abdiquer son honneur et sa patrie.