
Avec un titre pareil, j’étais persuadé que Nijuu Menso no Musume – « La Fille de Vingt Visages » en français – était une sorte de série fantastique, avec une fille aux étranges pouvoirs. Quand je vous dis que je lis rarement un résumé avant de commencer un anime, ce n’est pas du pipeau. Parce que j’étais passé très loin de la vérité : Nijuu Menso (Vingt Visages), c’est le nom d’un monsieur.
Chizuko Mikano est l’unique héritière d’une riche famille, et une passionnée de littérature policière. Depuis le décès de ses parents, ce sont son oncle et sa tante qui s’occupent d’elle, mais le couple vise l’héritage et l’empoisonne à petit feu.
Nijuu Menso est un célèbre voleur, connu pour ses techniques extravagantes, son goût de l’art, et son talent pour se déguiser.
Lorsque le voleur décide de récupérer un bijou appartenant à la famille Mikano, il prend Chizuko sous son aile et l’emmène dans son univers.
Nijuu Menso no Musume a beau sortir tout droit des studios Bones, elle n’a pas connu un franc succès auprès du public international. Même si je suis le premier à reconnaître qu’elle n’est pas parfaite, elle ne mérite pas pour autant un tel dédain. Ne serait-ce car, techniquement, nous sentons qu’un grand studio a œuvré derrière : il n’y a rien à redire, c’est fluide, les designs sont agréables avec un aspect old school appréciable, et il y a une véritable recherche dans le background.
Tout commence comme une grande série d’aventure absolument trépidante, une sorte de mélange entre Allison to Lilia et Lupin III, avec des petits relents d’enquête policière. Le réalisateur Nobuo Tomizawa a justement travaillé sur Lupin III et Sherlock Holmes (Meitantei Holmes), et cela se sent. Chacun des épisodes est passionnant, entre le quotidien étonnant de Chizuko – rebaptisée Chiko par sa nouvelle famille – et surtout des méfaits impressionnants ; c’est bourré de bonnes idées, un véritable régal.
Seulement ça, ce n’est valable que pour le premier tiers de la série.
Ensuite, nous passons à autre chose, à d’autres histoires bien différentes. L’ensemble se tourne vers le passé, vers l’héritage d’une série d’expériences réalisées pendant la guerre et qui refont surface alors que tous voudraient les oublier, à la manière de Tetsujin 28-go.
Alors ces arcs ne sont pas mauvais en soi, ils sont même parfois passionnants, mais… Non, désolé, cela n’arrive pas à la cheville du début de l’anime en matière de péripéties, d’inventivité, de bonne humeur, et surtout d’aventure. C’est terriblement décevant. A chaque instant, j’espérais que Nijuu Menso no Musume reparte dans les mêmes voies que le début, mais je savais que c’était peu probable.
Le plus tragique dans tout cela, c’est que si le spectateur peut s’ennuyer par manque d’aventure, l’héroïne aussi. Parfois, il s’agit même de la seule série où l’héroïne s’emmerde autant que le spectateur. Ce n’est pas difficile : si Chiko se fait chier, nous aussi car cela signifie qu’il ne se passe pas grand chose, du moins rien qui vaille le premier arc.
N’allez pas croire que cela se transforme en tranches de vie ou je ne sais quoi : il y a de l’action malgré tout, mais le spectre des premiers épisodes est là pour nous montrer que nous avons un titre bien loin de son véritable potentiel, et qui de série palpitante s’est transformé en quelque chose de plus soporifique. Pourtant, le scénario reste bien écrit, ce sont juste ses thèmes qui peinent à captiver.
Un des points forts de la série reste certainement les personnages, en particulier le calme et un peu poseur Nijuu Menso, et surtout Chiko. Voilà une héroïne comme je voudrais en voir plus souvent : malgré sa jeunesse, elle est courageuse et brillante, même charismatique car elle possède une grande maturité, du fait des expériences qu’elle vit tout au long de la série. Elle est loin de l’héroïne pleurnicharde, naïve, maladroite, ou simplette qui pullule dans de trop nombreux titres, et cela fait un bien fou de suivre les aventures (même quand elles manquent de piquant) d’un personnage aussi attachant et détonnant.
Il n’y a qu’au niveau de certains de ses choix qu’elle m’a un peu déçu, surtout vers la fin.
Nijuu Menso no Musume, un anime qui aurait pu être passionnant et original s’il avait continué dans sa logique du début, mais qui finalement n’est qu’un titre seulement sympathique et plaisant à regarder ; il souffre de proposer sa meilleure histoire dès le début et n’arrive jamais à remonter la pente, provoquant un certain ennui à la fois chez le spectateur, et chez le personnage principal (ce qui est assez ballot). Alors c’est bien fait, il y a d’excellents moments (surtout au début), mais cela reste malgré tout une légère déception.
Nijuu Menso no Musume, d’après le manga de Shinji Ohara
22 épisodes – 2008
A noter que le personnage de Niju Menso est un « héros » de fiction créé dans les 30′s par Rampo Edogawa et réadapté au gout du jour en 89 par Kitamura Sho. Et c’est cette réadaptation qui est à la base du récent (et succes) film live K-20: Kaijin Niju-Menso Den (K-20: LEGEND OF THE MASK), qui doit sortir d’ici peu en France (direct to dvd, je crois). J’avais loupé l’existence de cet anime, et en te lisant, j’ai quand meme un peu peur du coté « arsene lupin romantique » que le studio bones a donné
D’ailleurs, il m’a semblé que la série faisait d’autres allusions de ce genre, puisque dans le dernier épisode, les personnages donnent envie à un gamin de devenir détective, et nous apercevons subrepticement son nom.
D’ailleurs, il est indiqué que les noms des personnages sont utilisés avec autorisation des ayants-droits (pas comme Lupin III).
En tout cas, merci pour les explications ^^