The Killing Joke

C’est deux mecs dans un asile de fous. Un soir, ils en ont assez de vivre dans un asile, et ils décident de s’échapper ! Alors, ils montent sur le toit, et là, juste en face, il y a la ville qui s’étend sous la lueur de la lune. Tout un monde de liberté. Le premier type saute sur l’immeuble d’en face, à l’aise ! Mais son copain… Son copain a la trouille. Il a la trouille de tomber. Alors, le premier type a une idée. Il dit à l’autre : « Regarde, j’ai ma lampe torche ! Je vais l’allumer entre les deux immeubles, et tu n’auras qu’à marcher sur le rayon ! » Mais l’autre secoue la tête, et il dit : « Tu me prends pour un fou ou quoi ? Tu vas l’éteindre quand je serai à mi-chemin ! »

Je crois que je préfère Marvel à DC. Les héros du premier sont pour la plupart nés dans les années 60/70, tandis que ceux du second datent des années 30/40. Des époques différentes, pour des têtes d’affiche différentes. Plus vieilles, celles de DC se conforment à l’image du héros américain type, au menton carré, à peine humain dans sa perfection. Chez Marvel, les personnages se montrent plus volontiers humain, c’est du moins comme cela que je le perçois. Ce qui ne m’empêche pas d’apprécier les séries de DC et leurs dérivés – j’adore le dessin-animé de Justice League of America – mais si je devais choisir entre les deux, je privilégierais Marvel. Mais c’est une question purement rhétorique : autant prendre les deux.

Je n’aime pas beaucoup Superman, cet énervant boy-scout. Je le supporte dans les adaptations de ses aventures, mais surtout grâce aux personnages secondaires ; ce n’est pas la version « voyeur » de son dernier long-métrage qui me fera changer d’opinion. Par contre, je suis un grand fan de Batman : même si je préfère Marvel à DC, mon super-héros favori reste le plus grand détective du monde, pourtant produit DC. Il faut dire que Batman a pour lui, plus que n’importe quel autre personnage, des œuvres absolument cultes le mettant en scène et qui ont aidé à façonner sa légende : les films de Tim Burton, l’incroyable Batman The Animated Series, The Dark Knight Returns, Year One, Arkham Asylum : A Serious House on Serious Earth, et The Killing Joke.
Plus qu’à aucun autre, de nombreuses stars du monde du comics se sont intéressé à l’homme chauve-souris : Grant Morrison, Frank Miller, et même Alan Moore. Même si ce-dernier n’apprécie guère son incursion dans l’univers de Gotham City, The Killing Joke est bien de son fait.

Ce graphic novel, sorti directement en album et jamais pré-publié, reprend le principe le plus simple, le plus riche, et le plus efficace des aventures de Batman : sa confrontation avec le Joker ! Rien qu’en disant cela, l’histoire est posée, il n’y a rien d’autre à ajouter.
Deux particularités néanmoins dans cette histoire : un Batman qui s’interroge sur sa relation avec sa Némésis, et un Joker qui va accaparer la majorité des 46 pages du récit, se posant en personnage principal.
Alan Moore s’essaye à un exercice casse-gueule avec lequel j’ai traditionnellement un peu mal : il nous dépeint les origines d’un personnage, en l’occurrence le Joker. J’ai toujours considéré que seul le créateur du personnage en question avait le droit d’aborder un tel sujet ; c’est d’autant plus vrai avec le Joker, figure emblématique dont les mystères viennent s’associer à la folie pour créer une entité absolument unique, étrange, et improbable. Mieux vaut ne rien savoir, et je ne crois pas qu’il existe une « raison » à un tel personnage, lui-même l’ayant (sa raison) perdu depuis longtemps. Après, c’est Alan Moore, donc il s’en sort bien ; mais je préfère me ranger de l’avis évoqué par Brian Bolland, le dessinateur, dans la postface de l’édition du 20ème anniversaire de cet album : peut-être ne voyons nous là qu’une version du probable passé du Joker, qui serait née dans son esprit malade. Malheureusement, même si l’hypothèse est tentante, difficile de la considérer comme telle pendant la lecture.

Au-delà de son flashback, l’histoire imaginée par Alan Moore parait relativement simple : le Joker s’échappe, s’en prend au commissaire Gordon et à sa fille Barbara, et Batman part l’affrontement après qu’il lui ait révélé là où il se cachait. Tout l’intérêt repose sur la mise en scène du Joker, sur ses réflexions pas si saugrenues que cela autour de sa propre folie et sur son ennemi juré, et sur les propres réflexions de Batman à propos du Joker. Là, je retrouve bien le Alan Moore que je connais, le scénariste de talent. Finalement, The Killing Joke puise sa force justement de son apparente simplicité, et de l’excellent coup de crayon de Brian Bolland.
Ce graphic novel a tout ce qu’il faut pour être incontournable auprès des amateurs du héros (et du genre dans son ensemble) : un scénario à la fois classique et original, deux grands artistes aux commandes, et un Joker qui crève l’écran – ou du moins le papier – dans une prestation mémorable.

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4 réponses à The Killing Joke

  1. Ginie dit :

    J’aime beaucoup ta façon de distinguer Marvel de DC et comme toi mon personnage DC favoris est Batman.

    Toutefois il arrive que certaines histoires ayant pour sujet l’homme d’acier (ou certaines de ses versions dans des what if) soient d’assez bonne qualité, je pense notamment à Superman : Identité secrète de Busiek et Immonen que j’ai beaucoup apprécié.

    Pour revenir sur The Killing Joke, tout comme la blague, le comic tue ! ;o)

  2. Xanatos dit :

    Pour moi c’est incontestablement l’une des meilleures histoires sur le Joker: ce dernier fait preuve d’une cruauté inouïe et terrifiante dans ce récit, et pourtant Alan Moore arrive également à le rendre incroyablement humain et touchant.
    Ce qui fait froid dans le dos dans cette histoire c’est qu’une seule journée dans la vie d’un homme est suffisante pour faire basculer à jamais le cours de son existence.
    « The Killing Joke » est une histoire sombre, violente, émouvante et passionnante.
    Un de mes comics préférés de Batman avec « Dark Knight », « Batman Year One », « Mad Love » et « The Long Halloween ».

    Quant à Superman, personnellement j’apprécie beaucoup le personnage: c’est un héros posé, intelligent, réfléchi, sensible et flegmatique.
    Le premier film de Superman réalisé par Richard Donner est à mes yeux un chef d’oeuvre du genre et Christopher Reeve demeure à ce jour le meilleur acteur à avoir incarné un super héros sur grand écran: il ne jouait pas Superman il était Superman!

    Et la série animée de Superman par Bruce Timm est exceptionnelle et fait partie des fleurons de l’animation américaine des années 90.
    De plus, Superman y fait preuve de temps en temps d’un humour pince sans rire cocasse qui m’a souvent fait sourire.
    Je me souviens de deux criminels qui, après avoir commis leur larcin clamaient haut et fort « Personne peut nous arrêter! » et Superman qui leur répond du tac au tac « Très bien alors appelez moi Personne! » :)

    Enfin parmi les histoires de l’homme d’Acier en comics, je dois dire que j’ai trouvé « The Man of Steel » excellent, le scénario était bien construit et les dessins étaient superbes.

    En tout cas si il y a bien un domaine dans lequel DC enfonce Marvel les doigts dans le nez c’est bien celui de l’animation télévisuelle: Batman TAS, Superman, The new Batman Adventures, Batman la Relève et la Ligue des Justicier sont des chef d’oeuvre, alors que la plupart des DAs tirés des comics Marvel produits dans les années 90 (X-Men, Iron Man, Fantastic Four, Spider-Man…) étaient moyens ou bien complètement nuls et ne tenaient absolument pas la comparaison.
    D’après moi Bruce Timm est un metteur en scène de génie qui a réussi à révolutionner l’animation américaine et à lui apporter du sang neuf, un peu comme Matt Groening créateur des Simpson, mais lui, c’est dans le registre de la satire sociale.

    Les seuls adaptations animées de comics Marvel que j’apprécie à l’heure actuelle sont X-Men Evolution et le Fantastic Four franco américain de 2006.
    Je n’ai pas vu la série « Spectacular Spider-Man » (2008 et encore en cours de production) mais il paraît qu’elle est excellente!

  3. Wild Seven dit :

    Pour ma part, j’ai toujours préféré Marvel à Detective Comics pour ses personnages très humains dans leur comportement et aussi (surtout) pour Stan Lee. Je ne m’ennuie jamais quand je lis l’un des premiers chapitres de Spider-Man. Cependant, j’apprécie beaucoup Batman : son côté « sombre » sûrement… Je me rappelle avoir regardé les dessins animés et les films étant gosse ! Pour ce qui est de l’humour, je préfère davantage Spidey que Superman. Enfin, concernant Spectacular Spider-Man, c’est une série sympa à regarder mais beaucoup trop infantilisée notamment à cause du character design et des histoires trop simplifiées à mon goût.

  4. Wild Seven dit :

    Ah ! j’oubliais. J’ai beaucoup apprécié la lecture de The Killing Joke, qui apporte une vision assez intéressante du Joker.

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